|
Dans un Guinche
On s'était connu dans un guinche
Aux fortifs à Pantin
C'était l' plus costaud des aminches
Un type, un vrai béguin
Ensemble on fit une chaloupée
Et sans plus d' boniments
L' soir même on s'est mis en carrée
Pour l'éternel roman
On l'appelait Jojo l' beau mâle
Fallait qu'il gueule, fallait qu'il râle
Ses beaux yeux noirs et son teint pâle
Que j'avais dans la peau
J'étais chipée pour sa bobine
J'aurais pas voulu qu'il turbine
Il était pas fait pour l'usine
Jojo mon costaud
Un soir passant par la barrière
J'appris par les poteaux
Qu'une Rouquine, une fille à manières
Avait l' béguin d' mon Jojo
J'allais me venger de la rosse
Par un soir de malheur
J' decsendis Jojo le beau gosse
D'une lame en plein cœur
J'ai vu tomber Jojo l' beau
mâle
J'ai entendu son dernier râle
Ses beaux yeux noirs et son teint pâle
Se fermèrent à jamais
Chez nous quand l'amour' s' débine
Faut qu' le sang coule, faut qu' çà surine
Pour pas qu' y soit à la Rouquine
J'ai tué mon Jojo
La la la …
……………
Pour pas qu' y soit à la Rouquine
J'ai tué mon Jojo
|
Dans les Bouges la Nuit
Malgré ma vie princière
J'pense aux beaux soirs de la barrière
Où j'allais dans la rue
Aimée exploitée et battue
Parée de tous mes diam'
Quand j'ai l' cafard je r' viens
Offrir mon état d'âme
Aux gars qu'ont peur de rien
Dans les bouges la nuit
D' Montparnasse à Grenelle
Le destin me conduit
Vers des amours nouvelles
Près des mauvais garçons
Mon cœur est en délire
Un air d'accordéon
Et mon être chavire
Une java violente
M'apporte l'étreinte troublante
D'une brutale caresse
D'un de ces beaux gars à la r'dresse
Pamée je dois me rendre
Car toutes ces fadeurs
Que l'soir je dois entendre
N'ont pas cette saveur
Dans les bouges la nuit
D' Montparnasse à Grenelle
Le destin me conduit
Vers des amours nouvelles
Près des mauvais garçons
Mon cœur est en délire
Un air d'accordéon
Et mon être chavire
Pourquoi je n'aime personne
J'ai froid dans ma vie de baronne
Ma glace qui me regarde
Me rappelle tout ce qui m'attarde
Je traîne et je m'ennuie
De tous ces hommes sans cœur
Qui jettent leurs envies
Ils ne me font plus peur
Dans les bouges la nuit
D' Montparnasse à Grenelle
Le destin me conduit
Vers des amours nouvelles
Près des mauvais garçons
Mon cœur est en délire
Un air d'accordéon
Et mon être chavire
Ce soir sera peut-être
Celui où je perdrai la tête
Dans un bouge ' d' Grenelle
De Montparnasse ou d' La Chapelle
Débarrassée d' mes diam'
Sans mon cafard je r' viens
Offrir toute mon âme
A ceux qui m' f' ront du bien
|
|
A la Bastoche
Il était né près du canal
Par là dans l'quartier d'Arsenal
Sa maman qu'avait pas d'mari
L'appelait son petit Henri
Mais nous on l'app'lait la Filoche
A la Bastoche !
Y n'faisait pas sa société
Du génie de la liberté
Il était pas républicain
Il était l'ami du Rouquin
Et le p'tit homme à la Méloche
A la Bastoche !
A c't'époque c'était le bon
temps
La Méloche avait dix huit ans
Et la Filoche était rupin
Il allait dès fois en sapin
Il avait du jonc plein les poches
A la Bastoche !
Mais çà peut pas durer toujours
Quand vient la saison des amours
C'est la mistoufle et bien souvent
Faut s'les caler avec du vent
Filer la comète et la cloche
A la Bastoche !
Un soir qu'il avait pas mangé
Qui rôdait comme un enragé
Il a pour barboter l'quilbus
D'un conducteur des omnibus
Crevé la panse et la sacoche
A la Bastoche !
Puis sur la bascule à charlot
Il a payé sans dire un mot
A la Roquette un beau matin
Il a fait voir à ceux d'Pantin
Comment savait mourir un broche
De la Bastoche !
|
A Montpernasse
A l'avait pu ses dix-huit ans
A l 'tait pu jeune depuis longtemps
Mais a f' sait encore sa place
A Montpernasse
A l' vait que'qu' cheveux graisseux
Perdus dans un filet crasseux
Qu' avait vielli sous sa tignasse
A Montpernasse
En la voyant on savait pas
Si c'était d' la viande ou du gras
Qui ballotait sous sa surface
A Montpernasse
A l' vait une robe de reps noire
L' matin ça y servait d' peignoir
La nuit ça y servait d' limace
A Montpernasse
A travaillait sans aucun goût
Dès fois a faisait rien du tout
Pendant qu' jétais dans la mélasse
A Montpernasse
Pour boire a m' trichait su'
l' gâteau
C'est pour çà qu' j'y cardais la peau
Et que j'y ai crevé la paillasse
A Montpernasse
Maint'nant que j' l'ai pu j'
me fais vieux
Et pendant qu'a m'attend aux cieux
J' rends que'qu' services à Camescasse
A Montpernasse
|