REPERTOIRE  H

Arrête de boire Jojo
Monsieur William
Le Poisson Fa
Comme un Moineau

Arrête de Boire Jojo

On a tous des mots d'amour
Cachés au fond de soi

Un quai de gare à Cherbourg

Où l'autre ne r'viendra pas

On a tous laissé des larmes

Dans un Hôtel du Nord

Pour un homme ou une femme

Qui s'appelait "encore"

Si tu savais comme je sais, tu l'oublieras jamais

Tu t'en fous de c' que j' te dis, je sais, je sais

Arrête de boire, Jojo
Tu va finir barjo

Pour trois fois moins que rien

On est tout' des putains

Arrête de boire, ivrogne,

L'Alsace et la Bourgogne

J' vais t' dire c' que t'es ce soir

T' es le roi des comptoirs

Y' a des moments tu m' fais honte
A te r' garder souffrir

Allez, demand' leur ton compte

Maint' nant il faut partir

Tu vois pas qu' ils s' foutent de toi, tous ces p' tits mecs, au bar

Ne m' dis pas qu' t'es dev' nu çà, j' pourrais pas l' croire

refrain complet

On a tous des mots d'amour

Cachés au fond de soi

Un quai de gare à Cherbourg

Où l'autre ne r'viendra pas

refrain complet

Arrête de boire, Jojo

Tu va finir barjo

Pour trois fois moins que rien

On est tout' des putains

Laïe laïe laïe laïe laïe laïe
Laïe laïe laïe laïe laïe laïe

Laïe laïe laïe laïe laïe laïe

Laïe laïe laïe laïe laïe laïe

Arrête de boire, Jojo …

 

Le Poisson Fa

Il était une foi
Un poisson fa;

ll aurait pu être poisson scie,

Ou raie,

Ou sole,

Ou tout simplement poisson d'eau

Ou même un poisson un peu là,

Non, non, il était poisson fa :

Un poisson fa

Voilà.

Il n'avait même pas de dièse,
Et d'ailleurs s'en trouvait fort aise.

C'est un truc, disait-il

A laisser à l'écart

Après, pour l'enlever,

Il vous faut un bécarre,

Et un bécarre

C'est une chaise

Qui a un air penché et pas de pieds derrière ;

Alors, très peu pour moi,

Autant m'asseoir par terre.

Non, non, non, non, non, non, non,

Pas de dièse.

Quoi vous avez le front de trouver celà beau,
Un dièse qui vous suit partout comme un cabot ?

Comme il disait ces mots, pasait sur le trottoir

Un cabot très truité, qu'il avait vu trop tard,

Et qu'il avait ouï la fin de la harangue.

"Ut ! dit Fa in petto"
J'ai mal tenu ma langue

Çà pourrait me coûter, poisson !

C'est comme çà qu'on dit en language poisson

On ne dit jamais : cher, on dit toujours : "poisson"

Je crois bien que j'ai mis la queue dans la saucière"
Encore une expression de ce language-là

Qu'on emploie au lieu de : mis les pieds dans le plat"

Mais le cabot hautain passait sans sourciller.

Cependant, quand il fut passé plus qu'à moitié

D'un grand coup de sa queue

Il te souffle la Fa-a-a

Et Fa, assez froissé, parti cahin, cahin, caha.

Il s'en allait soigner son dépit de poisson
Au débit de boisson"

Il était une fois

Un poisson Fa.

 

Monsieur William


C'était vraiment un employé modèle, Monsieur William

Toujours exact et toujours plein de zèle, Monsieur William

Il arriva jusqu'à la quarantaine, sans fredaine

Sans le moindre petit drame

Mais un beau soir du mois d'août

Il faisait si bon, il faisait si doux

Que Monsieur William s'en alla

Flâner droit devant lui au hasard, et voilà

Monsieur William, vous manquez de tenue,
Qu'allez vous faire dans la 13° avenue ?

Il rencontra une fille bien jeunette, Monsieur William
Il lui paya un bouquet de violettes, Monsieur William

Il l'entraîna à l'Hôtel de la Pègre, mais un nègre

A voulu prendre la femme

Monsieur William hors de lui

Lui a donné des coups de parapluie

Oui mais l'autre dans le noir

Lui a coupé le cou en deux coups de rasoir

Hé ! William, vous manquez de tenue, mon vieux, eh oui !

Qu'alliez vous faire dans la 13° avenue ?

Il a senti que c'est irrémédiable, Monsieur William
Il entendit déjà crier le Diable, Monsieur William. Mr W, allons allons !

Aux alentours il n'y avait personne, qu'un trombone

Maudissant la peine des âmes

Un aveugle en gémissant

Sans le savoir a marché dans le sang

Puis dans la nuit a disparu

C'était bien le destin qui marchait dans les rues

Monsieur William, vous manquez de tenue
Mais vous êtes mort, dans la 13° avenue

 

Comme un Moineau

C'est dans une gouttière à matou,
Dans une mansarde n'importe où, à Montparnasse

Que j' suis née un jour sous les toits,

Et que j'ai pour la première fois ouvert les chasses

Mes père et mère déchards comme tout,

Qui de plus n'aimaient pas beaucoup sucer d' la glace

A l'heure des r' pas dans not' garno,

M' laissaient souvent sans un pélot, le bec ouvert - comme un moineau

A l'âge où tous les aut' marmots,
A l'école vont s' meubler l' cerveau, de bonnes grammaires

Avec un tas d' mauvais loupiots,

Dans les coins on allait jouer au père et à la mère

Bien sûr ces p' tits jeux innocents

Ne dév' loppent pas précisément les bonnes manières

A quinze ans, droite sur mes ergots

J'allumais tous les gigolos, l'œil effronté


Celui qu' a voulu ma vertu
Pour m' posseder n'en a pas eu à faire le siège

Il n' a eu qu' à m'ouvrir les bras,

Et mon amour est tombé là, comme dans un piège

Si j' avais l'esprit perverti,

Mon cœur au contraire était, lui, pur comme la neige

Nous éveillant sous les bécots,

On allait à tous les échos, chanter l'amour

 

Il m'a plaquée, a-t-il eu tord,
Je me suis consolée d'un sort qui est le nôtre

Avec un p' tit gars dessalé

Qui, lui, pour ne pas travailler m' vendit à d' autres

On s'accoutume à ne plus voir

La poussière grise du trottoir où l'on se vautre

Alors su' l' pavé Parigot

On cherch' son pain dans le ruisseau, l'œil aux aguets


L'hiver viendra et je l' sens bien,
Ce pauvre corps qui est le mien, déjà se lasse

J' tombr' ai sur le pavé brutal,

J' passerai sur un lit d'hopital mes soirs d'angoisses

Pas plus mauvaise que beaucoup,

J'aurais préféré malgré tout dans ma détresse

Un homme qui m'eût aimée d'amour,

Pour avec lui finir mes jours dans un nid chaud - comme deux moineau