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Arrête de
Boire Jojo
On a tous des mots d'amour
Cachés au fond de soi
Un quai de gare à Cherbourg
Où l'autre ne r'viendra pas
On a tous laissé des larmes
Dans un Hôtel du Nord
Pour un homme ou une femme
Qui s'appelait "encore"
Si tu savais comme je sais, tu l'oublieras jamais
Tu t'en fous de c' que j' te dis, je sais, je sais
Arrête de boire, Jojo
Tu va finir barjo
Pour trois fois moins que rien
On est tout' des putains
Arrête de boire, ivrogne,
L'Alsace et la Bourgogne
J' vais t' dire c' que t'es ce soir
T' es le roi des comptoirs
Y' a des moments tu m' fais
honte
A te r' garder souffrir
Allez, demand' leur ton compte
Maint' nant il faut partir
Tu vois pas qu' ils s' foutent de toi, tous ces p' tits mecs, au bar
Ne m' dis pas qu' t'es dev' nu çà, j' pourrais pas l' croire
refrain complet
On a tous des mots d'amour
Cachés au fond de soi
Un quai de gare à Cherbourg
Où l'autre ne r'viendra pas
refrain complet
Arrête de boire, Jojo
Tu va finir barjo
Pour trois fois moins que rien
On est tout' des putains
Laïe laïe laïe laïe laïe laïe
Laïe laïe laïe laïe laïe laïe
Laïe laïe laïe laïe laïe laïe
Laïe laïe laïe laïe laïe laïe
Arrête de boire, Jojo …
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Le Poisson
Fa
Il était une foi
Un poisson fa;
ll aurait pu être poisson scie,
Ou raie,
Ou sole,
Ou tout simplement poisson d'eau
Ou même un poisson un peu là,
Non, non, il était poisson fa :
Un poisson fa
Voilà.
Il n'avait même pas de dièse,
Et d'ailleurs s'en trouvait fort aise.
C'est un truc, disait-il
A laisser à l'écart
Après, pour l'enlever,
Il vous faut un bécarre,
Et un bécarre
C'est une chaise
Qui a un air penché et pas de pieds derrière ;
Alors, très peu pour moi,
Autant m'asseoir par terre.
Non, non, non, non, non, non, non,
Pas de dièse.
Quoi vous avez le front de trouver
celà beau,
Un dièse qui vous suit partout comme un cabot ?
Comme il disait ces mots, pasait sur le trottoir
Un cabot très truité, qu'il avait vu trop tard,
Et qu'il avait ouï la fin de la harangue.
"Ut ! dit Fa in petto"
J'ai mal tenu ma langue
Çà pourrait me coûter, poisson !
C'est comme çà qu'on dit en language poisson
On ne dit jamais : cher, on dit toujours : "poisson"
Je crois bien que j'ai mis la
queue dans la saucière"
Encore une expression de ce language-là
Qu'on emploie au lieu de : mis les pieds dans le plat"
Mais le cabot hautain passait sans sourciller.
Cependant, quand il fut passé plus qu'à moitié
D'un grand coup de sa queue
Il te souffle la Fa-a-a
Et Fa, assez froissé, parti cahin, cahin, caha.
Il s'en allait soigner son dépit
de poisson
Au débit de boisson"
Il était une fois
Un poisson Fa.
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Monsieur William
C'était vraiment un employé modèle, Monsieur William
Toujours exact et toujours plein de zèle, Monsieur William
Il arriva jusqu'à la quarantaine, sans fredaine
Sans le moindre petit drame
Mais un beau soir du mois d'août
Il faisait si bon, il faisait si doux
Que Monsieur William s'en alla
Flâner droit devant lui au hasard, et voilà
Monsieur William, vous manquez
de tenue,
Qu'allez vous faire dans la 13° avenue ?
Il rencontra une fille bien
jeunette, Monsieur William
Il lui paya un bouquet de violettes, Monsieur William
Il l'entraîna à l'Hôtel de la Pègre, mais un nègre
A voulu prendre la femme
Monsieur William hors de lui
Lui a donné des coups de parapluie
Oui mais l'autre dans le noir
Lui a coupé le cou en deux coups de rasoir
Hé ! William, vous manquez de tenue, mon vieux, eh oui !
Qu'alliez vous faire dans la 13° avenue ?
Il a senti que c'est irrémédiable,
Monsieur William
Il entendit déjà crier le Diable, Monsieur William. Mr W, allons allons
!
Aux alentours il n'y avait personne, qu'un trombone
Maudissant la peine des âmes
Un aveugle en gémissant
Sans le savoir a marché dans le sang
Puis dans la nuit a disparu
C'était bien le destin qui marchait dans les rues
Monsieur William, vous manquez
de tenue
Mais vous êtes mort, dans la 13° avenue
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Comme un Moineau
C'est dans une gouttière à matou,
Dans une mansarde n'importe où, à Montparnasse
Que j' suis née un jour sous les toits,
Et que j'ai pour la première fois ouvert les chasses
Mes père et mère déchards comme tout,
Qui de plus n'aimaient pas beaucoup sucer d' la glace
A l'heure des r' pas dans not' garno,
M' laissaient souvent sans un pélot, le bec ouvert - comme un moineau
A l'âge où tous les aut' marmots,
A l'école vont s' meubler l' cerveau, de bonnes grammaires
Avec un tas d' mauvais loupiots,
Dans les coins on allait jouer au père et à la mère
Bien sûr ces p' tits jeux innocents
Ne dév' loppent pas précisément les bonnes manières
A quinze ans, droite sur mes ergots
J'allumais tous les gigolos, l'œil effronté
Celui qu' a voulu ma vertu
Pour m' posseder n'en a pas eu à faire le siège
Il n' a eu qu' à m'ouvrir les bras,
Et mon amour est tombé là, comme dans un piège
Si j' avais l'esprit perverti,
Mon cœur au contraire était, lui, pur comme la neige
Nous éveillant sous les bécots,
On allait à tous les échos, chanter l'amour
Il m'a plaquée, a-t-il eu tord,
Je me suis consolée d'un sort qui est le nôtre
Avec un p' tit gars dessalé
Qui, lui, pour ne pas travailler m' vendit à d' autres
On s'accoutume à ne plus voir
La poussière grise du trottoir où l'on se vautre
Alors su' l' pavé Parigot
On cherch' son pain dans le ruisseau, l'œil aux aguets
L'hiver viendra et je l' sens bien,
Ce pauvre corps qui est le mien, déjà se lasse
J' tombr' ai sur le pavé brutal,
J' passerai sur un lit d'hopital mes soirs d'angoisses
Pas plus mauvaise que beaucoup,
J'aurais préféré malgré tout dans ma détresse
Un homme qui m'eût aimée d'amour,
Pour avec lui finir mes jours dans un nid chaud - comme deux moineau
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